L'Afrique Noire est elle maudite?


Ploum, parlons du livre de Moussa Konaté – l’écrivain, pas le footballeur :)

Une expression libre

Ce livre m’a été vendu par une libraire de Tulle, sur un forum à Limoges. C’est dans cette ville que l’écrivain malien finit ses jours il y a quelques années. Ayant lu quelques pages à la volée, je décidai de lire:

“L’Afrique Noire est-elle maudite?”

Couverture du livre

Je crois que c’est un instantané de la pensée de l’auteur. Moussa Konaté fait abstraction des critiques qu’il pourra déclencher, car son entreprise en vaut le risque: elle est salutaire.

D’abord un inventaire

C’est d’abord un inventaire de ce qui a pu se dire sur l’Afrique et “les sociétés du continent noir”.

Il référence le fameux discours du président Sarkozy, en 2007 à Dakar, où celui-ci décrivait un “homme africain” qui n’était “pas assez rentré dans l’Histoire”. Les autres propos cités sont du même accabit.

Moussa Konaté se demande tout au long du livre d’où émerge cette image de l’Afrique Noire. A qui la faute: aux sociétés africaines, aux colonisateurs? Surtout: est-ce irrémédiable?

Personne n’est à l’abri des critiques

Personne n’est à l’abri, car dans la suite de ce livre, Moussa Konaté critique:

  • la méconnaissance de l’histoire de l’Afrique, qui abritait des royaumes prospères en son temps,
  • les colonisateurs qui ont piétiné les cultures du continent africain,
  • les esclavagistes, occidentaux ou africains,
  • l’entente sur le pillage des richesses du continent,
  • la corruption sous couvert de démocratie,
  • les sociétés africaines soudées et hiérarchisées, qui écrasent toute volonté d’émancipation de l’individu,
  • etc.

Il dénonce les méfaits de la colonisation comme les défauts des sociétés africaines traditionnelles, dans plusieurs chapitres dédiés à ces problèmes.

C’est logiquement que Moussa Konaté en arrive à questionner le modèle social africain: le poids des familles, la polygamie, la solidarité, les castes, le respect des anciens.

Mais de qui parle-t-on?

Peut-on ranger toutes ces sociétés dans le même sac? Quelle question difficile pour qui méconnaît L’Afrique Noire. Ce sont de nombreux peuples, avec leur culture et leur langue. C’est pour moi une interrogation à laquelle Moussa Konaté n’a pas le temps de répondre dans son livre.

La vision personnelle de l’auteur pour l’avenir

Moussa Konaté dénonce l’affrontement des cultures occidentales et africaines, qui conduisent l’une à renier l’autre. Il souligne l’enrichissement d’une culture qui se remet en question pour emprunter à l’autre. Les sociétés africaines ont beaucoup à apporter à un monde individualiste où les inégalités et le mépris des autres vont grandissant. Elles doivent être fières de leur histoire et de leur langue.

C’est une vision idéale, à laquelle j’adhère entièrement pour n’importe quelle culture, au delà des cultures africaines. C’est une erreur de nier en bloc une culture, quelle qu’elle soit.

Une invitation à un examen critique

Ce livre me fait penser à un autre d’Edgar Morin: La voie, pour l’avenir de l’humanité. C’est un cri du cœur qui peut paraître maladroit car trop flou. De qui parle-t-on, encore une fois?

On ne peut pas en rester à la simple lecture de ce livre, car on reste sur un jugement global quand chaque société mérite un examen approfondi. Personnellement, il me manque tout: je ne suis jamais allé dans un pays d’Afrique Noire, je n’ai pas de contact là-bas, je parle rarement à une personne qui vient de là-bas.

Je vois donc ce livre comme une invitation à regarder droit dans les yeux les sociétés africaines, leurs coutumes, leur histoire, leurs qualités, leurs défauts. Un invitation à échanger, à parler, à apprendre, à comprendre.

N’hésitez pas à me contacter pour parler de ce livre.

@++

Henry